Murs murs de l'histoire (extraits)

Le DEVOIR (Québec),
vendredi 1 octobre 1996.

Dans le Shekhawati, une région du nord-est du Rajasthan en Inde, des peintures murales racontent les fastes passés d'une intense vie commerciale. Ces fresques, véritables contes des mille et une nuits en peinture, sont en train de perdre de leur clinquant. A voir d'urgence avant qu'elles ne disparaissent.

JACQUES SENNECHAEL - COLLABORATION SPECIALE
Les murs peints des havelis, les hôtels particuliers des commerçants du Shekhawati, sont recouverts d'affiches et de graffitis, noircis de fumée ou simplement blanchis, dans l'indifférence quasi générale. A voir quelques unes de ces fresques, on soupçonne pourtant le passé glorieux du Shekhawati (...).

Des fresques les plus anciennes (1750) aux plus récentes (1930), tous les thémes imaginables sont abordés : mythologie, légendes locales, animaux, portraits, scénes de chasse et de lutte, avec des clins d'oeil à la vie quoditienne sans oublier la présence britannique et les machines modernes. Les murs des havelis du Shekhawati sont un véritable livre d'images à feuilleter en balade (...). La plupart de ces havelis demeurent la propriété des richescommerçants et de leurs descendants. Mais ils ne s'en soucient guère. Les fresques du Shekhawati sont victimes de l'indifférence quasi générale de la population locale, peu sensible à la beauté et à la valeur de ce patrimoine.

Ramesh Jangid n'est pas l'un de ces commerçants qui ont immigré en ville. Il n'a pas non plus leurs moyens financiers mais cela ne l'empêche pas de ce battre pour sauvegarder les fresques de sa région natale. Depuis sa tendre enfance, ses pas le portent devant ces peintures murales pour déchiffrer comme sur une BD les histoires du passé.

Pour tenter de redonner vie aux murs du Shekhawati, il peut essayer de convaincre les riches propriétaires de rénover leurs propres havelis. Mais leur "cabane au Shekhawati" n'est pas leur plus grande préoccupation (...). Avec Catherine Ripou, une française tombée amoureuse du Shekhawati, il a crée une association "Les Amis du Shekhawati".

Afin de protéger ce patrimoine, ils espérent inciter la population locale à le respecter, les propriétaires à investir dans sa restauration et des organismes internationaux comme l'UNESCO à apporter leur soutien. Les Amis du Shekhawati veulent recueillir des fonds pour se porter acquéreurs d'un haveli et le restaurer avec des artistes et des artisans locaux héritiers de l'art de leurs ancêtres. Un musée d'histoire régionale et du patrimoine architectural pourrait y être aménagé.